vendredi 20 novembre 2015

Fausse fable


Voici un mail qui circule à propos d'une fable inédite de Jean de Lafontaine

Une fable qui est supposé correspondre avec les  migrants islamistes….

Cette fable est totalement fausse c'est un canular/hoax

Voici ce à quoi ressemble le e-mail :

C'EST ÉTONNNANT  ????
Lisez attentivement cette fable, peu connue !!
Elle doit dater de 1671.
Un sacré visionnaire, ce Jean de la Fontaine !

Le chien et les chacals
Une fable inédite de Jean de La Fontaine...

Du coquin que l’on choie, il faut craindre les tours
Et ne point espérer de caresse en retour.
Pour l’avoir ignoré, maints nigauds en pâtirent.
C’est ce dont je désire, lecteur, t’entretenir.

Après dix ans et plus d’homériques batailles,
De méchants pugilats, d’incessantes chamailles
Un chien est bien aise d’avoir signé la paix
Avec son voisin, chacal fort éclopé
À l’allure fuyante, que l’on montre du doigt
Qui n’avait plus qu’un oeil, chassieux de surcroît,
Et dont l’odeur, partout, de loin le précédait

Voulant sceller l’événement
Et le célébrer dignement,
Le chien se donna grande peine
Pour se montrer doux et amène.

Il pria le galeux chez lui,
Le fit entrer, referma l’huis,
L’assit dans un moelleux velours
Et lui tint ce pieu discours :

« Or donc, Seigneur Chacal, vous êtes ici chez vous !
Profitez, dégustez, sachez combien je voue
D’amour à la concorde nouvelle entre nous !
Hélas, que j’ai de torts envers vous et les vôtres,
Et comme je voudrai que le passé fût autre !
Reprenez de ce rôti, goûtez à tous les mets,
Ne laissez un iota de ce que vous aimez ! »

L’interpellé eut très à coeur
D’obéir à tant de candeur.
La gueule entière à son affaire,
Il fit de chaque plat désert

Cependant que son hôte affable
Se bornait à garnir la table.
Puis, tout d’humilité et la mine contrite,
En parfait comédien, en fieffée chattemite

Il dit : « Mais, j’y songe, mon cher,
Nous voici faisant bonne chère
Quand je sais là, dehors, ma pauvrette famille :
Mes épouses, mes fils, mes neveux et mes filles,

Mes oncles et mes tantes que ronge la disette,
Toute ma parenté tant nue que maigrelette.
Allons-nous les laisser jeûner jusqu’au matin ? »
« Certes non ! » répliqua, prodigue, le mâtin,
qui se leva, ouvrit, et devant qui passèrent
quarante et un chacals parmi les moins sincères.

Sans tarder cliquetèrent les prestes mandibules
Des grands et des menus, même des minuscules.
Ils avoient tant de crocs, de rage et d’appétit
Ils mangèrent si bien que petit à petit

Les vivres s’étrécirent comme peau de chagrin
Jusqu’à ce qu’à la fin il n’en restât plus rien.
Ce que voyant, l’ingrat bondit :
« Ah ça, compère, je vous prédis

Que si point ne nous nourrissez
Et tout affamés nous laissez
Tandis que vous allez repu,
La trêve entre nous est rompue ! »

Ayant alors, quoi qu’il eût dit,
Retrouvé forces et furie,
Il se jeta sur son mécène,
Et en une attaque soudaine, 

Il lui récura la toison,
Aidé de toute sa maison.
Puis, le voyant à demi mort,
De chez lui il le bouta hors.

Et l’infortuné crie encore
« La peste soit de mon cœur d’or ! »

Retenez la leçon, peuples trop accueillants :
À la gent famélique, point ne devez promettre.
Ces êtres arriérés, assassins et pillards
Marchent en rangs serrés sous le vert étendard.
Vous en invitez un, l’emplissez d’ortolans,
Et c’est jusqu’à vos clefs qu’il vous faudra lui remettre.

Fin de la supposé fable de Lafontaine.

Maintenant voici pour les amateurs du français écrit pourquoi cette fable n'est pas de Jean de Lafontaine:

En effet, ce texte viole allègrement la majorité des règles métriques qui avaient cours au XVIIe :

* les rimes du type "tours" / "détour" étaient interdites, parce qu'à l'époque on prononçait les "s" à la fin, et que donc un tel truc n'aurait pas rimé (et c'est la même chose avec, au hasard, "passèrent" et "sincères") ;

* de la même manière, jamais un poète du XVIIe n'aurait fait rimer un mot féminin (= terminé par un "e" dit muet, plus marqué à l'époque que maintenant) comme "pâtirent" avec un mot masculin comme "entretenir" ;

* un poète du XVIIe aurait fait alterner rimes féminines et masculines dans son texte (alors qu'ici par exemple les pseudos-rimes "éclopé"/"paix" précèdent "doigt"/"surcroît") ;

* du coup, un poète du XVIIe n'aurait jamais choisi une forme de strophe comme celle utilisée dans la conclusion de ce texte (ABCCAB), parce qu'elle interdit justement une telle alternance ;

* un poète du XVIIe n'aurait jamais élidé sauvagement un "e" dit muet, comme dans le vers "C'est ce dont je désirE lecteur t'entretenir" où le "e" en majuscule doit sauter pour qu'on ait un alexandrin (aucun poète du XVIIe n'aurait usé de vers de 13 syllabes) ou comme dans le vers "Ah ça compèrE je vous prédis" où le "e" doit sauter pour qu'on ait un octosyllabe (là aussi La Fontaine, n'étant pas Verlaine, n'aurait pas usé d'un vers de 9 syllabes) ;

* un poète français du XVIIe n'aurait jamais repoussé un "e" muet terminal en début d'hémistiche, comme dans le vers "D'amour à la concordE nouvelle entre nous" (alexandrin dit "spaghetti" par Cornulier parce que les italiens les adorent, eux) - il n'aurait pas non plus éclaté un syntagme nominal aussi important entre deux hémistiches.

En clair, stylistiquement parlant ce texte n'aurait pas pu être écrit avant Apollinaire (début XXe) : c'est donc un faux patent.

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